31 décembre 2011
Titre

Toute l'équipe de "Edwood, le blog" et moi-même nous joignons en une seule et unique entité afin de vous souhaiter d'excellentes fêtes de fin d'année. Nous espérons de tout coeur que vous y trouverez amour, présents, bonheur, réconfort, secret de l'âme humaine.
Et puisque j'ai un rôle pédagogique auprès des plus jeunes, je me sens obligé de vous dévoiler certaines choses qui vous feront grandir : Le père Noël n'existe pas. Et Jésus n'existe pas. Adressez-vous à vos parents pour de plus amples informations.
A très bientôt pour de nouvelles aventures sur "Edwood, le blog", en cette future année 2012 pleine de bonnes résolutions et de nouvelles notes. Sigh.
Edwood et son équipe
04 octobre 2011
L'Empire contre-attaque

Bonsoir mes amis. Venez vous installer autour de moi, auprès du feu, j'ai à vous parler. C'est en sirotant une délicieuse infusion de grand-père et en allumant ma "cigarette de secours", celle que je garde cachée dans un tiroir au cas ou mon manque de volonté couplé à la procrastination qui gouverne ma vie m'aurait fait fumer toutes les autres sans penser à racheter un paquet au préalable, que je vais vous annoncer une nouvelle d'ampleur, une nouvelle après laquelle rien ne sera plus jamais pareil.
Depuis maintenant 50 années que je tiens un blog, j'ai toujours vu cette activité comme un simple amusement, une source de distraction, voire peut-être un petit épanouissement personnel. Une occasion de partager avec un lectorat quelques bribes de ma vie, afin d'en rire, d'en pleurer, ou d'en neutrer. Mais parfois, oui, parfois mes amis, vient un moment ou un homme, jusque là "simple" homme, doit céder face au poids étouffant du destin, et devenir malgré lui un héros, un combattant qui se lèvera face à une situation injuste et inacceptable. L'homme qui se dressait face aux chars de Tien'anmen par exemple, ou les dissidents chinois, qui pour sauvegarder leur indépendance d'esprit ont risqué la prison et la mort. Ou encore Florent Pagny. Demandez un peu à ces hommes quel est le prix de la liberté de penser. Et maintenant demandez le moi, à moi. Car voilà que par la force des choses, mon blog a emprunté un virage dangereux en direction de la liberté d'expression. Je suis en effet, de modeste blogueur canalblog qui racontait ses érections à la piscine à un public de 10 lecteurs, devenu d'un jour à l'autre un artiste engagé et influent, dont la plume fait trembler les murs de l'oppression et de la bêtise.
Vous l'aurez remarqué, ma dernière note sur Urrugne a disparue. Cette note, qui n'avait jusque-là pour vocation que de dire que porter un béret rend laid, et qui était destinée à sombrer dans les méandres de l'oubli sitôt sa lecture terminée, a fait acquérir tout d'un coup à mon blog une maturité nouvelle, une dimension nouvelle, quand j'ai reçu ce message :
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Votre blog http://edwood.canalblog.com/
- Titre du message : 'Home sweet home'
accessible à l'adresse http://edwood.canalblog.com/archives/2011/09/27/22165727.html, blog dont vous êtes le responsable.
Motifs du rejet : - Réception d'une plainte du commissariat de Police de Saint Jean De Luz, diffamation
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Vous pourriez penser à une plaisanterie, vous pourriez rire en croyant que j'ai inventé cette idée si grossière et absurde qu'elle parait sortie de mon imagination délirante, mais il s'agit bel et bien de la réalité. Une plainte a effectivement été lancée auprès de la police contre ma note, contre ce brulot qui a fait frémir l'espace de quelques jours le tout-Urrugne.
Tout a commencé suite à la publication du message. J'ai constaté dès le lendemain un curieux manège dans les statistiques de mon blog. D'abord, une visite provenant d'une recherche du mot clé "Urrugne" dans le moteur de Canalblog. Puis, très vite, beaucoup d'autres visites mystérieuses, effectuées depuis un fichier "Urrugne.html" se trouvant sur le bureau d'une dénommée "Renée", ainsi que de boites e-mail diverses. J'ai rapidement compris que mon texte avait été sauvegardé (au cas peut-être où je déciderais de l'effacer, effrayé par le courroux de ces puissants êtres) et transféré à toute la population de la ville afin de désigner le nouvel ennemi public à décapiter lors d'un Ahate Jokoa. Enfin, quand j'ai vu des tentatives de "Contacter l'auteur" n'ayant pas abouti, les gens en question n'ayant probablement pas la capacité cérébrale d'effectuer cette action je le reconnais fort complexe jusqu'au bout, j'ai compris que j'étais cerné, que j'étais fait : la terrible machine urrugnesque était en marche, je ne pouvais plus qu'attendre ma sentence en tremblant, comme le condamné à mort attend son exécution, terré au fond de sa cellule crasseuse.
Mais mes amis, je ne suis pas de ceux que l'on fait taire. Certes, déçu de Canalblog qui sous la pression d'Urrugne a cédé à une collaboration facile en bafouant la liberté d'expression, j'ai tout de même décidé d'affronter vigoureusement cette injustice en m'élevant face à une population moyenâgeuse en colère. Le jour où les basques me vaincront, ce sera parce que l'ETA a posé une bombe sous mon canapé, et non pas parce qu'un éleveur de poules a déposé plainte auprès d'une administration qui préfère combattre des blogs que s'occuper des nombreux problèmes de sa ville. (Veuillez noter qu'il pourrait s'agir de n'importe quelle administration et de n'importe quel éleveur de poules, que ce soit clair, diffamatoirement parlant)
J'invite par ailleurs en toute cordialité les personnes ayant trouvé mes propos diffamants à venir partager un débat d'idées et à établir des contre-vérités, par exemple qu'ils ne sont pas bêtes, ou gros, ou laids, ou rustres, ou incapables de Contacter l'auteur.
Très bientôt, je vous proposerai également la republication de la note, mais traitant cette fois-ci d'une toute autre ville qui pourrait se trouver dans n'importe quelle partie de la France où est pratiqué Ahate Jokoa, ainsi qu'à découvrir ses pittoresques habitants, et leurs us et coutumes pleins de saveur.
Messieurs les censeurs, je vous salue.
19 septembre 2011
Pot Pourri

Quoi de neuf en ce moment sur Edwood-le-blog-le-film@pentagone.org ?
Eh bien pas grand chose mes amis. Enfin si, nous venons tout juste de fêter la 50ème note. Vous ne l'avez peut-être pas remarqué mais nous l'avons bel et bien fêtée. Et par "nous", j'entends surtout "je". Je vous en fait part après coup car je suis comme cela, comme pour mon anniversaire, j'en parle après, afin que les gens ayant oublié se sentent coupables et essaient de me prouver leur amour de façon déraisonnée. Vous pouvez m'offrir un iPhone.
Donc voilà, à part ça, rien de neuf, et nous en arrivons au stade où je n'ai quasiment plus de sujet d'avance sous la main. J'ai bien quelques notes qui croupissent dans des fichiers textes, des notes qui je l'espère vont se bonifier avec le temps comme du vin, même si je sais pertinemment que non. Elles seraient plutôt du genre à rester l'égal d'un cubi de Félissou pour l'éternité. Oui, Félissou, ce "vin de table" qui coûte moins d'un euro et qui se coupe à l'eau pour bien en apprécier la saveur.
Bouteille de Félissou posant au milieu d'autres bouteilles.
Dans ce genre de situation, en manque de sujet, en manque d'inspiration, nous autres blogueurs pro nous retrouvons face à deux possibilités : La première, ne rien poster jusqu'à ce que l'inspiration vienne, chose que j'ai déjà expérimenté sans trop de succès ces deux dernières années ; La seconde, récolter les moindres informations qui ont le malheur de rencontrer nos yeux fatigués, et en faire un patchwork, une sorte de pot pourri de sujets divers et variés, en espérant que l'un d'eux arrive à toucher l'auditoire.
Sujet 1
Je vous confiais dans la note précédente que j'avais été approché par eDarling en vue d'un coopération commerciale. Vous avez probablement cru à une plaisanterie malicieuse de ma part comme j'en fais souvent, ou peut-être au délire d'un homme vieillissant rendu fou par l'alcool et les drogues, mais il n'en est rien. La vérité, c'est que j'ai réellement été approché par eDarling. En effet, voici le mail que j'ai reçu il y a peu de temps :
Sujet : Collaboration eDarling
Bonjour,
Je trouve votre site très intéressant,
Je travaille pour le site internet eDarling.fr et nous traitons parfois de sujets similaires.
J’ai constaté que vous aviez des partenaires qui vous soutiennent pour votre site, quelles seraient les conditions pour en faire partie ?
Nous pourrions peut-être envisager une collaboration ? En vous aidant à faire connaître votre site par exemple ?
Qu’en pensez-vous ?
Cordialement,
Marine
eDarling.fr
Cette prise de contact a soulevée chez moi plusieurs interrogations. Premièrement, quels sont donc les "partenaires" qu'a cru voir sur mon blog Marine de eDarling ? S'agirait-il de Zombocom, un site qui figure dans mes liens ? Ont-ils accès grâce à leurs mystérieux pouvoirs à des informations que je connais pas ? Serais-je sans le savoir associé à des marques ou des sponsors ? Toujours est-il que si un jour en buvant un soda ou en mangeant un steak vous voyez sur l'emballage une pub pour "Edwood, le blog qui met du beurre dans tes épinards", je vous serais très reconnaissant de m'en tenir au courant.
Ensuite, les "sujets similaires". Je suis tout à fait conscient que la note sur la Femme Scorpion a considérablement dégradée la nature des requêtes qui amènent à mon blog, étant donné que depuis que je l'ai postée j'ai tous les jours des résultats comportant au moins les mots "Seins", "Bite", "Nichons", ou "Viol". Par exemple rien qu'aujourd'hui, j'ai pu découvrir les mots-clés suivants : "GROSSE PUTE AUX GROS NICHONS", "gro sein au soleille", "femme gros seins violentée", ou encore "femme gros sein et chate plein de poil !!" (points d'exclamation d'origine). Et ce n'est là qu'un échantillon non exhaustif. Or, ces visites représentent 90% des accès au blog, et je ne vais pas cracher dans la soupe, c'est grâce à elles que je peux vivre de cette activité à temps plein qu'est le blogging. Mais cela m'amène tout de même à me questionner sur le sens que je dois désormais donner à mon blog. Dois-je en revoir complètement le concept et ne poster que des nouvelles érotiques, des photos de seins et des vidéos porno ? Suis-je censé en faire un blog-rencontre avec un système de commentaires webcam pour répondre à la demande sans cesse croissante de mes visiteurs ?
Mais surtout, surtout, dois-je accepter la collaboration avec eDarling ? Dois-je même m'INSCRIRE sur eDarling et peut-être rencontrer la femme de ma vie, une Simone, 65 ans du Gers qui aimerait la chasse et le tricot ?
Le débat est ouvert.
Sujet 2
Cela fait quelques temps que je voulais vous en parler, sans que ce soit assez touffu pour en faire une vraie note, alors je profite du patchwork pour le placer. J'ai découvert quelque chose de génial : Le Speed hating. Vous connaissez probablement le Speed dating, qui consiste à participer à des rencontres en compagnie de nombreux autres participants et participantes, le concept reposant sur la micro rencontre, avec 5 minutes pour découvrir chaque personne, et essayer de vous faire aimer d'elle dans ce court laps de temps.
Eh bien le Speed hating, c'est l'inverse. Vous avez 5 minutes pour vous faire haïr par la personne en face. Inutile de dire que ce concept m'a semblé d'emblée bien plus intéressant que l'original, et a éveillé en moi des envies de conflit et de haine que je pensais disparues depuis mon adolescence. Se montrer détestable et désagréable, après tout, c'est une vraie stratégie, un vrai don de soi. Analyser l'inconnu qui se trouve en face de nous, et essayer d'imaginer tout ce qui peut le répugner le plus chez un être humain, afin de lui en faire don. Existe-t'il un partage plus complet que celui-là ?
D'ailleurs détail amusant, le premier lien google vers le Speed hating amène sur eDarling, décidément prêt à s'engoufrer dans toutes les brèches de l'humanité.
Je vous invite donc cordialement, dans la bonne humeur et la franche camaraderie, à participer à un Speed hating avec moi. Soyez assurés que je serai le partenaire idéal, et que je vous ferai passer un mauvais moment comme rarement vous en aurez connu dans votre vie.
Le débat est ouvert.
Sujet 3
Je me suis remis à fumer. Certaines personnes le font sous la contrainte d'une violente dépression, ou simplement par erreur lors d'une soirée d'excès. Dans mon cas il s'agissait d'un acte totalement délibéré. Eh oui, je suis comme ça, surfant à contresens de la vague sociale, à l'heure où le prix de ces petites baguettes de bonheur ne cesse d'augmenter et où il devient presque interdit de fumer chez soi, par peur d'intoxiquer ses voisins au cas ou la fumée parviendrait à passer sous les plinthes.
Alors pourquoi cette décision, pourquoi avoir eu l'envie d'avoir envie de reprendre, alors que j'avais arrêté depuis près de deux ans ? La réponse est toute simple chers lecteurs : PARCE QUE C'EST BON. Tout simplement. J'ai pesé le pour et le contre, et en suis rapidement arrivé à la conclusion que fumer, c'est bon.
Vous mêmes, fumeurs ou anciens fumeurs, vous le savez. Vous connaissez l'incroyable félicité que l'on ressent en inhalant la délicieuse première bouffée de tabac après un repas. Quelle merveilleuse sensation de bien être et de complétion, quand la flamme du briquet vient faire rougeoyer la blonde qu'on tient fébrilement entre ses doigts, tout en l'embrassant du bout des lèvres. C'est presque sexuel. Quel plaisir que d'être confortablement installé dans son canapé en regardant un film, et qu'alors qu'on a la sensation qu'il manque quelque chose pour que l'instant soit parfait, on se souvient qu'on est fumeur, et qu'on peut donc légitimement s'allumer une cigarette, et transformer ce moment qui jusque là était simplement agréable, en instant de pure extase.
Car fumer après tout, c'est ça. C'est reconnaître sa faiblesse d'être humain, et accepter d'en jouer le jeu en créant volontairement le manque, un manque qu'il sera possible de combler à volonté, à chaque instant où on le sentira nécessaire. Quelle merveilleuse thérapie. Quel soulagement face au stress, à la tension de la vie, à l'absence d'accomplissement personnel.
Bien entendu, je ne vais pas vous mentir, reprendre c'est difficile. La culpabilité avant d'allumer sa première, cette pression sociale que l'on ressent et qui nous fait un peu hésiter. On se dit merde, est-ce que j'ai vraiment raison de me remettre là dedans ? Est-ce que j'en ai vraiment besoin ? Ne suis-je pas en train de faire une erreur ? Puis vient le moment où on se lance après tout ce temps. Moment de malaise. On s'en veut presque un peu. La première cigarette n'est pas bonne, elle n'a pas vraiment de goût, elle rend un peu malade. On se dit presque que c'était un coup dans l'eau, qu'on ne va pas reprendre finalement. Mais j'avais anticipé tout cela, je m'étais préparé, car j'avais déjà repris dans ma vie, et je savais. Je savais qu'il n'y avait qu'à attendre le lendemain pour que la suivante soit meilleure et appréciable. Et quelques jours seulement pour que fumer redevienne un plaisir absolu, une compagne de tous les instants.
Et ce soir, alors qu'à deux heures du matin je peux m'accouder au balcon et savourer une délicieuse et légère brise de nuit d'été en regardant les volutes de fumée planer délicatement devant moi, je me dis que j'ai eu mille fois raison.
En complément d'information, je vous invite à lire le livre de William WHITBY, "VIVE LE TABAC". Un livre où l'on découvre que "l'usage du tabac n'est pas mauvais pour notre santé", et qu'il protège souvent du cancer et de l'infarctus. (Paris, MA Editions, 1983).
Et laissez moi vous dire qu'en 1983 on savait de quoi on parlait. William WHITBY le premier. Un sympathique bonhomme que ce WHITBY. Je ne me lasse pas d'écrire son nom. WHITBY.
De toute façon si la cigarette avait déjà fait le moindre mal à quelqu'un, je crois que ça se saurait.
Le débat est ouvert.
11 septembre 2011
Des souris et des hommes

Bonsoir.
Parfois, dans la vie d'un artiste-créateur, sous les projecteurs éblouissants de la gloire et du succès, vient un moment où, par un concours de circonstances malheureux, on en vient à promettre à son auditoire des choses insensées qu'on sait pertinamment qu'on ne pourra jamais produire. C'est cruel mais c'est ainsi, nous sommes comme cela nous autres, saltinbamques du rêve. N'échappant pas à la règle, alors que je suis en ce moment même approché par e-Darling afin de concrétiser un partenariat hautement rémunérateur grâce aux nombreuses références sexuelles Google que vous m'offrez tous les jours, je décide de vous dévoiler cette vérité à la noirceur qui n'est pas sans rappeler celle d'un point sur un nez.
Oui, mes amis, il m'est moi aussi arrivé de fauter, je le confesse. Il m'est arrivé sur ce même blog ou sur les anciens de vous annoncer des choses, de vous teaser, de vous séduire en vous mettant l'eau à la bouche, et de vous promettre des histoires aussi farfelues qu'attirantes, dont la drôlerie pure faisait s'esclaffer rien qu'en lisant le pitch. Je m'en suis rendu compte en survolant mes archives, chose que je fais chaque soir en riant de bon coeur afin de passer un agréable moment.
Je vous ai ainsi promis, entre autres, de vous raconter la suite de mon fantastique voyage à Paris qui devait compter 21 parties et dont une seule à ce jour s'est trouvée publiée. Je vous ai de la même façon invités à croire que je posterais un texte sur Musclor, ce héros de nos enfances. Enfin, vous n'êtes pas sans savoir que j'avais introduit suite aux très cultissimes notes sur les araignées et sur mon combat contre le Roi Moustique une grandiose série de textes qui vous narrerait l'état de délabrement dans lequel se trouvait mon appartement de l'époque, et une description complète de l'incroyable faune et flore qui l'avaient envahi et transformé en basse-cour sonnante et caquetante.
Mais chers lecteurs, aujourd'hui, j'ai décidé qu'il était temps de remplir mes engagements, d'oublier cette frénésie du pouvoir qui poussait le petit homme fantoche que je suis à vous mentir délibérément. Oui, vous l'attendiez comme un cadeau de Noël qu'on réclame tous les ans avec espoir mais qu'on ne verra jamais venir, comme un poney, ou un bermuda. Je recevais tous les jours des centaines d'e-mails à ce sujet, des lettres pitoyables mais touchantes de personnes malades n'attendant qu'une dernière chose de ce monde : pouvoir lire la note sur les souris de mon ancien appartement.
EH BIEN LA VOILA.
Tout cela date d'il y a fort longtemps, dans une lointaine galaxie. J'ai pour l'écrire dû remonter dans le temps et réactiver les cellules mortes de mon cerveau à l'aide de nicotine et autres puissantes drogues afin de pouvoir m'en remémorer chaque détail. En fait pour être franc, j'avais espéré retrouver un début de note que je pensais avoir écrit un jour d'ivresse. Après avoir fouillé méticuleusement les 150 documents textes qui peuplent mon dossier d'écrits incomplets, j'ai fini par retrouver ce que je souhaitais. Du moins je le pensais, car en réalité je me suis aperçu avec effroi que je n'avais écrit qu'une seule ligne. Inutile de dire que j'ai été déçu, mais qu'elle sera néanmoins intégrée à la note, et ce à plusieurs reprises, car c'est toujours ça de pris.
DES SOURIS ET DES HOMMES
Partie I
Revenons en l'an 2008. Le monde est considérablement différent de celui que vous connaissez aujourd'hui. Les gens se déplacent à l'aide de troncs d'arbre qu'ils font rouler bruyamment sur le sol, la mode est aux pattes d'eph et nous écoutons Ace of Base. Nous sommes heureux et insouciants, vivant l'instant présent comme de doux rêveurs, sous le règne du président Pompidou. Je crois. Non en fait je ne crois pas, mais ce nom est beau comme une fanfare et je souhaitais l'utiliser.
J'étais dans mon appartement en compagnie de mes amis moustiques et fourmis, et je passais une délicieuse soirée dans le monceau d'ordures m'entourant et constituant le cadre de vie de ce lieu. Vaisselle sale, déchets en tout genre jonchant le sol, je m'étonnais presque de ne pas encore avoir succombé au choléra, mais ne m'en souciais guère plus que ça, parce que mine de rien c'était une bonne soirée. J'étais donc en compagnie d'une femme, probablement M., ou M., ou M., et nous regardions tranquillement la TV dans un état proche de l'abrutissement, quand tout à coup, j'entendis un cri dans la nuit. Ce cri, ce n'était autre que ma compagne, qui venait d'apercevoir une créature passer devant elle dans la pénombre. Alarmé par cet avertissement sonore laissant entendre qu'il ne s'agissait pas des insectes mutants habituels, je décidais de prendre les choses en main et d'essayer de comprendre ce que pouvait bien être l'indésirable, n'aimant guère les créatures de ce genre, ou tout simplement les étrangers. Je partis donc en chasse de la bête, m'attendant presque face à la description de mon amie à voir surgir un cafard géant ou autre ragondin pesteux. Je jetais un coup d'oeil sous l'armoire, sous le lit, derrière la télé, quand tout à coup, je le VIS. Oui, je le VIS, ou plutôt je la vis, car il s'agissait en fait d'une petite souris. Avouez que vous être surpris, vous qui n'aviez lu ni les multiples titres de la note ni le préambule, et qui aviez commencé directement à ce paragraphe !
Une souris donc. Relativement vive, mais quand même assez boulotte, du genre à aller se cogner contre le mur en courant. Attendrissement. Je compris tout à coup pourquoi depuis une semaine environ je retrouvais mes réserves de pain de mie rongées, et des crottes de rongeur un peu partout sur le sol de ma cuisine. Non, ça ne m'avait pas mis la puce à l'oreille jusque là, même si elle devait pourtant en avoir en nombre, des puces.
Amusés par cette sympathique découverte, car après tout il s'agissait d'un vieux bâtiment et il n'y avait donc rien d'étonnant à ce qu'il soit peuplé de rongeurs, même si je me trouvais au troisième étage, nous décidâmes de lui donner un nom, et après quelques jours en trouvant ses déjections sur mon plan de travail ou dans mes assiettes, d'essayer de la capturer pour nous en débarrasser.
Fifi la souris.
Mais comment la tuer ? Si vous l'aviez vu, avec sa petite tête d'enfant-souris. Cela serait comme tuer un bébé. Un bébé pillant mes provisions alimentaires, et souillant de ses tiques pestiennes et autres galles mon environnement de vie.
Or, vous me connaissez, j'ai un grand coeur d'enfant. Impossible pour moi d'utiliser un piège et de retrouver une pauvre malheureuse la tête à moitié arrachée. Je souhaitais que nous réglions ça à l'amiable, et cela impliquait donc une non-souffrance des animaux.
Je partais donc comme tout homme de 2008 en recherche d'information sur altavista.com, et tombais sur plusieurs sites de gens comme moi, n'aimant pas faire de mal aux bêtes, mais n'appréciant pas non plus la maladie. J'y trouvais des astuces pour capturer sans violence et sans dépense les petits animaux de ce genre.
Le concept était simple, et ne nécessitait qu'un rouleau d'essuie-tout et une poubelle pour être mis en place. Je vous en fais un petit schéma, j'aime beaucoup les schémas :
Comme vous pouvez le constater, plan simple et génial. La souris, alléchée par le fumet délicieux d'un bout de pain rassi, entre dans le rouleau de sopalin qui balance dans le vide, et en essayant de se saisir de son précieux repas, fait chuter sous son poids ce dernier avec elle dedans en direction de la poubelle. Probablement un truc tiré de Picsou magazine, toujours est-il que sur le papier, ça avait toutes les chances de fonctionner.
Le premier soir, je mis donc le piège en place. Nous attendions, toutes oreilles sorties, le moindre son prouvant que ça avait fonctionné et que nous tenions notre parasite. Malheureusement il n'en fut rien. Nous partîmes nous coucher, et c'est alors que ma nuit était déjà bien entamée que je fûs réveillé par un bruit régulier et agaçant. Me levant pour voir ce dont il s'agissait, je me rendis compte avec joie que la bête était captive ! Le bruit agaçant, c'était celui de ses sauts contre la paroi de la poubelle en plastique lisse. Ca faisait une petite vingtaine de minutes qu'elle bondissait pour essayer de sortir de sa prison, ce qui était passablement énervant pour quelqu'un essayant de dormir comme vous pouvez vous le figurer. Mais trop heureux de contempler la petite créature prise au piège, je décidais d'aller réveiller ma partenaire dans un geste de pure galanterie afin qu'elle partage avec moi ce moment, et de lui présenter notre nouvelle amie. Je suis comme ça moi, j'aime que les autres partagent mes réveils.
Une fois la découverte passée, il fallut prendre une décision, qu'allions nous en faire ? Fatigués, nous décidâmes pour le moment de fermer la poubelle au cas ou à l'aide d'un plastique percé de petits trous de la taille d'un sténopé afin que le malicieux souriceau puisse respirer mais pas s'échapper, et d'aller reprendre notre nuit. Elle finit par se calmer et nous pûmes donc dormir quelques heures, non sans quelques réveils intempestifs, témoignages de sa vivacité.
Vers six heures, n'arrivant plus à dormir, il fallut définitivement prendre une décision. Elle fut la suivante : descendre les trois étages en caleçon avec la poubelle dans les bras, et aller rendre la petiote à la rue qui l'avait vue naitre.
La larme à l'oeil, je vis mon nouvel animal de compagnie s'enfuir à toute allure en se cognant contre la porte d'entrée, puis partir en direction du salon de coiffure le plus proche, qu'elle a probablement envahi depuis.
Partie II
Bon. Quelques jours séparent la rédaction de la partie I de la partie II, et autant vous le dire tout de suite : aujourd'hui je suis de mauvaise humeur. Je me suis levé du mauvais bulbe pédestre, et je me suis coupé en me rasant. Alors la partie II sera de mauvaise humeur. Elle ne sera pas joyeuse, elle sera triste et cruelle. Fini les attendrissements et les franches rigolades, il va y avoir du sang de souris, il va y avoir des morts, des cadavres partout, de la haine animalière et raciale, de la vérité crue et brutale.
Donc, une semaine après les évènements relatés dans la première partie, alors que nous pensions avoir éliminé la menace souricienne à tout jamais, nous étions à nouveau comme qui dirait envahis. Oui je dis bien envahis, car il semblerait qu'avant son départ, Fifi ait eu la délicate attention d'engendrer une centaine d'enfants, étant donné que nous en voyions désormais toutes les minutes et toutes les secondes, galopant sur le parquet, sur le comptoir, dans les placards, dans nos chaussettes, dans l'aspirateur, ou dans nos soutien-gorge.
Je remis donc le piège-sopalin en place, mais, si les premières heures nous procurèrent un vif amusement, capturant une petite souris toutes les 5 minutes, au bout d'un certain temps, contempler le zootrope que représentait la poubelle remplie de rongeurs bondissants nous lassa quelque peu. Passées quelques tentatives vouées à l'échec, comme essayer de boucher les trous d'accès à l'appartement, ou de vivre dans la salle de bain, je décidais donc de recourir à une offensive plus directe et de souhaiter désormais la mort de nos amies miniatures.
Je m'armais pour cela d'un puissant pot de MORT-AUX-RATS que je saupoudrais partout, y compris dans mes plats cuisinés. Très vite, son effet se fit sentir. De retour de l'hôpital, je trouvais une pauvrette mourante titubant sur le sol tel un caméléon, souffrant mille douleurs. Si cette découverte m'emplit de tristesse pour la pauvre créature, je ne pouvais néanmoins qu'admettre qu'il s'agissait là d'un mal nécessaire, tant pour ma santé que pour ma survie. Ne pouvant supporter la vision de l'adorable créature agonisant, je décidais de m'armer de moufles afin de ne pas attraper la peste, de l'attraper par la queue, et d'abréger ses souffrances en la projetant de toutes mes forces depuis ma fenêtre jusqu'au hall d'entrée en bas de mon appartement. EH OUI JE SUIS UN MONSTRE. Je suis comme cela. Quelques jours plus tard, le hall d'entrée était devenu un véritable cimetière, pour la plus grande joie des autres résidents.
Mais je me rendis vite compte que cet holocauste animalier que je provoquais ne servait pas à grand chose, il était trop tard. Les souris revenaient sans cesse, reviendraient sans cesse, il fallait me rendre à l'évidence : les tuer ne faisait qu'augmenter la longue liste de péchés de ma vie que j'aurais un jour à expliquer en haut lieu, il valait mieux se résigner à apprendre à vivre avec.
C'est donc ce que nous fîmes. Il fallut ranger, nettoyer. Oui, nous en étions arrivés là, mes amis. Nous avions été vaincus par la vie, qui nous ôtait notre liberté de vivre salement. Nous devions désormais faire attention et protéger les aliments, passer l'aspirateur, désinfecter, faire la vaisselle. Bref, nous dûmes apprendre à devenir responsables, car cette histoire nous aura au final servi de leçon.
A qui vais-je faire croire ça ? Une semaine plus tard, l'appartement était à nouveau un dépotoir.
Les voisins se plaignaient que nous laissions nos poubelles dans le couloir afin de ne pas susciter l'intérêt des rongeurs. De plus nous ne prenions même plus la peine d'amener les souris jusqu'à la rue, nous les libérions désormais directement dans l'escalier. Oui, je crois que les habitants du 12 rue du parlement Saint-Pierre peuvent me remercier d'avoir contribué à l'invasion du bâtiment. Pour ma défense, il avait été prévu une dératisation de l'immeuble, mais les responsables n'ont apparemment pas jugé utile de m'en informer et ont donc "oublié" mon appartement, ceci réduisant un peu à néant leur effort.
Lorsque, excédé par la vermine, je décidais enfin quelques mois plus tard de prendre la sage décision de déménager, et suite au grand nettoyage qui dura à peu près 1000 jours, je découvris sous les meubles ou derrière le frigo les vestiges d'une société complexe et fleurissante, ainsi que moult cadavres qui, je l'espère, m'auront inoculé nombre de maladies graves en pourrissant pendant des mois à l'abri des regards indiscrets.
J'aurais pu, oui, j'aurais pu avertir le prochain locataire dont j'ai moi même dirigé les visites, de cette présence indésirable, tout comme j'aurais pu également l'avertir par ailleurs du fait que l'isolation des fenêtres revenait à peu près à la même chose qu'avoir un trou béant dans son mur. J'aurais pu avoir pitié du pauvre bougre. J'ai préféré lui dire que "en hiver il fait froid, en été il fait chaud", et qu'il ne "manquerait pas de compagnie".
Paix à son âme.
28 août 2011
Le Prisonnier

Lecteur, aujourd'hui je vais t'en dire plus sur ma vie. Je vais te permettre de pénétrer mon passé et de remonter le long fleuve tortueux d'un des nombreux traumas qui me rongent l'existence.
J'ai passé toute mon adolescence dans une pittoresque bourgade du Pays Basque, appelée "Saint Jean de Luz". Tu reconnais probablement ce nom, habituellement accompagné dans une phrase de quelque expression joyeuse comme "bath" ou "tekno", parce que Saint Jean de Luz la côte, Saint Jean de Luz les vacances, Saint Jean de Luz la mer. Eh bien laisse-moi te dire que Saint Jean de Luz la MERDE.
Saint Jean de Luz est le lieu typique où on aime passer ses vacances : Petite ville tranquille, avec son petit port, ses petites bicoques, ses petits habitants. On y trouve la plage, des restaurants traditionnels, des boutiques de souvenirs hors de prix. Bref, le repos, le plaisir, le soleil et les baignades.
Mais vous êtes-vous déjà demandé à quoi ressemblait ce lieu magique de vos vacances une fois que vous l'aviez quitté, fin Août ? Vous êtes-vous déjà demandé à quoi pouvait bien ressembler la vie de ces gens qui y résident toute l'année, qui y vont au collège, au lycée ? Non, bien sûr que non. Et vous avez eu raison. Cela vous aurait probablement déprimé pendant plusieurs années. La vérité, c'est que le temps ne s'arrête pas après votre départ jusqu'à l'été suivant. Je le sais, j'ai été un de ces gens.
Alors que les années lycée sont habituellement l'occasion de s'ouvrir au monde, de concrétiser ses premières relations amoureuses ou sexuelles et d'apprécier la vie dans tout ce qu'elle a de plus acnéique, j'ai pour ma part passé une période lycée chaotique. Au pays Basque, les goûts des gens se résument à quelques notions : Rugby, Pelote Basque, Surf et Chants Basques. Les Basques sont des gens qui se battent par exemple pour que le panneau "STOP" soit écrit en Basque. De nature différente, étant ouvert d'esprit à d'autres cultures et à d'autres horizons que ceux-ci, j'ai donc eu beaucoup de mal à sociabiliser avec mes camarades. J'ai passé l'essentiel de mon temps de vie là-bas avec quelqu'un, quelqu'un exactement dans le même état d'esprit que moi. Je n'ai trouvé personne d'autre. Un seul être capable de comprendre dans tout le lycée.
Au gré des années, nous en sommes venus à penser que nous disposions d'une intelligence supérieure face aux autres êtres qui nous entouraient. Nous avons donc petit à petit développé un fort complexe de supériorité, bien qu'encore aujourd'hui, je continue de me questionner sur la véracité du complexe, et me demande s'il ne s'agissait pas tout simplement d'un bien fondé.
Malheureusement les Basques aiment aussi l'esprit de communauté. Et l'accordéon. Or, deux parias qui regardent des films d'auteurs, cultivent un humour décalé et écoutent des musiques composées d'autre chose que d'accordéon, n'ont pas réussi à remporter le respect normal qui aurait dû en découler dans toute autre société capable de reconnaitre une élite intellectuelle au sein de ses membres.
Dotés d'une capacité d'adaptation caméléonesque après des années de survie au sein de ce peuple ingrat, nous aurions facilement pu continuer de feindre l'intérêt pour leurs valeurs et leurs goûts et nous mélanger à eux. Mais nous n'en avions plus envie, nous étions las. Nous avons donc préféré nous auto-exclure de cette société, et vivre comme des rejets, sans même l'espoir de passer pour des incompris.
Ainsi donc, à chaque intercours, même s'il n'était que d'une durée de 10 minutes pendant que le prof allait chercher un verre d'eau, nous nous échappions hors de l'enceinte du lycée afin d'aller avaler quelques goulées d'air libre ou de nicotine à pleins poumons, libérer notre esprit oppressé, plutôt que d'avoir à échanger le moindre mot avec les autres. Quand venait l'heure de manger, nous trouvions mille ruses pour fuir la cantine et partir en expédition en ville (cf. Cantine Buissonnière). En gros, à la faveur de la moindre occasion nous quittions l'établissement. Nous revenions souvent en retard. Et pour tout vous dire, mon taux d'absentéisme en 1ère et en Terminale a frôlé le record national. J'avais sur mes bulletins des commentaires tels que "Une seule note n'est pas suffisante pour établir une moyenne", "Ne connait pas l'élève", ou encore "Jamais vu".
Voilà pour la situation. Comme vous l'aurez compris, nous avions donc un temps fou à tuer dans Saint Jean de Luz.
Autant vous le dire tout de suite, si les premiers mois de lycée ont marqué dans mon esprit une sensation de pure liberté après le collège, c'est à dire la découverte du fait qu'on était devenus "responsables", et donc qu'on pouvait quitter l'établissement quand nous le souhaitions afin d'aller voler à l'étalage ou dégrader des biens publics, la suite aura été bien moins joyeuse.
Les premiers temps, je découvrais la ville, visitais quelques commerces, la gare, un disquaire. Je prenais mes marques, j'étais heureux.
Tois ans plus tard, après avoir arpenté chaque parcelle de la ville plus de 5000 fois de mes pieds las et usés, j'avais l'impression d'être pris au piège sur une île maudite. Il y avait des points-clés où nous nous retrouvions, mon compère et moi : "La gare", "Le disquaire", "La sandwicherie". Et c'était tout. C'était Saint-Jean-de-Luz. Car ces trois lieux étaient au final les seuls endroits susceptibles de fournir un quelconque intérêt. Et encore, la gare nous servait simplement de banc où nous asseoir hors du lycée. Le disquaire n'avait pas reçu de nouveau CD depuis près de 10 ans, et faisait payer le moindre album d'occasion 50€. La sandwicherie nous nourrissait. Voilà. Pendant trois ans. Rien de plus.
Nous ressemblions à des lions de cirque dans leur cage, la cage étant cette ville damnée. Nous tournions en rond, perdant la raison et la patience dans ce lieu oublié du reste de la race humaine entre Septembre et Juillet. Nos imaginations pourtant fertiles et notre curiosité à fleur de peau se retrouvaient bridées au niveau le plus bas de l'existence. Nous croisions dans la rue les mêmes gens tous les jours, toutes les minutes. A tel point que nous en devenions fous.
Tout a commencé un soir, quand nous avons surpris un fait étonnant. Le même homme, à plusieurs reprises, à plusieurs endroits différents, au beau milieu de la nuit vers 3h du matin. La rue était complètement déserte, ainsi ne fut-il pas difficile de le remarquer quand nous le croisâmes une première fois, en sortant d'un endroit lambda. Un homme étrange, semblant venu d'ailleurs et sans endroit réel où aller. Nous en prîmes note quelque part dans un recoin de notre cortex, et continuâmes notre route. Une demi-heure plus tard, fort loin de là, nous le croisâmes, à nouveau face à nous, affublé d'un chapeau. La logique aurait voulu que s'il suivait bien la direction dans laquelle nous l'avions vu aller la première fois, il n'aurait pas dû pouvoir se trouver à cet endroit là, quel que soit son itinéraire. Et encore moins avec un chapeau. A moins bien entendu qu'il n'ait couru dans une rue parallèle pour nous rattraper après être passé chez lui se changer. Or le malhonnête homme faisait mine de rien, comme s'il déambulait le plus innocemment du monde à ces multiples endroits déserts à 3h. Nous en avons donc déduit tout naturellement qu'il nous espionnait et essayait de nous berner par cette attitude désinvolte et son couvre-chef.
Ce n'était que le début.
Suite à cet évènement, nous nous sommes mis à devenir méfiants. Nous avions ainsi élaborés une théorie comme quoi ces gens que nous croisions sans arrêt étaient en fait des figurants. D'ailleurs nous les appelions directement "Les figurants". Il y avait Figurant n°1, Figurant n°2 et ainsi de suite.
Il faut dire que certains Figurants semblaient vraiment sortir d'un mauvais film d'espionnage. Car après avoir décidé d'ouvrir les yeux sur leur condition et de devenir douteux du moindre d'entre eux rencontré au détour d'une ruelle, marchant derrière nous, ou caché derrière un mur, nous découvrîmes qu'il ne pouvait plus à ce niveau là s'agir de simples hasards, et que quelque chose se tramait bel et bien dans notre dos. Nous nous amusions à essayer de les reconnaitre sous leurs costumes parfois plus que farfelus, riant de la supercherie si peu discrète. Oui, nous croisions tellement souvent les mêmes gens que cette théorie était crédible.
C'est là toute l'horreur d'une ville comme Saint Jean de Luz. Elle nous avait rendus littéralement paranoïaques. Je me souviens même d'un jour de pure folie où, excédé de recroiser sans arrêt la même personne à divers endroits, rendu hors de moi par cette folie d'isolement et de dépression qui naissait dans mon esprit, j'étais allé lui hurler dessus comme un maniaque dangereux, "JE SAIS CE QUE TU FAIS !!". L'homme m'avait regardé d'un air faussement incompréhensif et avait peut-être même esquissé un sourire, trahissant une culpabilité quelconque que j'avais mis au jour par mon accusation délirante.
Au terme de ma terminale, j'avais envisagé les deux possibilités suivantes : Avoir mon bac et foutre le camp au plus vite, ou le rater, et partir me noyer en mer. Dire adieu à ce monde. En finir au milieu des mérous et des méduses. Même si à mon avis un dispositif serait intervenu pour m'en empêcher comme dans Le prisonnier. Probablement une grosse boule blanche avec un béret basque et faisant un son d'accordéon.
Fort heureusement, j'eu mon bac, et parallèlement à cela, les vacances suivantes nous nous rapprochâmes par hasard d'un groupe de gens "différents", des rescapés avec qui nous pûmes enfin partager des moments, des nuits allongés sur la plage, à regarder les étoiles en jouant de la guitare, et en buvant beaucoup d'alcool. De l'alcool pour oublier celle que l'un d'eux, devenu un de mes meilleurs amis, surnommait "Saint Jean de Blues".
